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13 février 2010 6 13 /02 /février /2010 20:00

 Perles en vrac bis

 

Carte du MALI

 

Perles en vrac 2

 

 

Une Maman Peule

 

 

    L'amour maternel véritable est universel et intemporel. En tous temps et tous lieux, le coeur d'une mère est le même : elle ne désire que le bien de son enfant et son bonheur en en lui donnant sa liberté afin de lui ouvrir l'avenir.


    Amadou Hampâté Bâ est un grand écrivain du Mali et un Sage africain. Il est né  à Bandiagara au Mali vers 1900 ; il est mort à Abidjan le 15 mai 1991, peu de temps avant la parution de ses Mémoires. Il nous enchante par le récit de ses jeunes années qu'il évoque dans  "AMKHOULLEL  L'ENFANT PEUL", ses Mémoires préfacées par son ami Théodore Monod et parues en septembre 1991 chez Actes Sud. Au début du siècle dernier il fréquentait l'école coranique et l'école française.

   Après des études à l'Ecole professionnelle de Bamako, il doit rejoindre un poste dans l'Administration coloniale  Ouagadougou en Haute-Volta (de nos jours Burkina Faso) : nous sommes en novembre 1921. Amkhoullel - c'est son surnom peul - va aborder sa vie d'adulte...  A cette époque, Ouagadougou, c'était le bout du monde, l'aventure et l'inconnu pour un tout jeune homme ! ... Mais surtout pour sa mère qui décide de l'accompagner jusquà Koulikoro.

   Il nous parle avec tendresse et pudeur de sa maman, de leurs adieux au bord du fleuve Niger, des conseils qu'elle lui a prodigués avant son envol pour une nouvelle vie, loin du nid familial sous l'aile maternelle, loin de son pays.


   Au moment du départ, il exprime avec poésie son affection et sa nostalgie :

     « ... je me tournais instinctivement pour regarder encore une fois ma mère. Je la vis qui atteignait le sommet de la dune. Le vent faisait flotter autour d’elle les pans de son boubou et soulevait son léger voile de tête. On aurait dit une libellule prête à s’envoler. Peu à peu sa silhouette élégante disparut derrière la dune, comme avalée par le sable. Avec elle disparaissait Amkoullel, et toute mon enfance. »

 

   Il conclue les deux dernières pages de son livre, retranscrites dans "Adieu au bord du fleuve" ci-dessous, par ces quelques lignes simples et sereines :


     « Je me tournais vers l’avant. La proue de l’embarcation fendait en deux les eaux soyeuses et limpides du vieux fleuve dont le courant nous portait, comme pour m’entraîner plus vite vers le monde inconnu qui m’attendait, vers la grande aventure de ma vie d’homme. »

 

A la proue de la Pirogue 7 30 dsc 6294 H165708 L

 



Adieu au bord du fleuve

 

 


  « Le matin du départ, ma mère m’accompagna au bord du fleuve. Juste avant la rive, il fallait franchir une petite dune de sable. Nous marchions en nous tenant par la main. Tandis que nous redescendions, tournés vers le sud, le vent du nord plaquait nos vêtements dans notre dos. Ma mère tint à monter dans la pirogue pour vérifier de ses propres yeux que rien ne manquait à l’intérieur des roufs. Rassurée, elle distribua quelques derniers cadeaux et revint sur la berge. Me prenant par la main, elle m’attira un peu plus loin. Là, elle me remit cinquante francs pour mes frais de voyage, puis, prenant mes deux mains dans les siennes, elle me dit :

    “Regarde-moi bien dans les yeux.”

  Je plongeai mon regard dans le sien, et pendant un instant, comme on dit en peul, “nos yeux devinrent quatre.”

 Toute l’énergie de cette femme indomptable semblait couler d’elle à moi à travers son regard. Alors elle retourna mes mains, et dans un geste de grande bénédiction maternelle, à la façon des mamans africaines, elle passa le bout de sa langue sur mes paumes. Puis elle dit:


    “Mon fils, je vais te donner quelques conseils qui te seront utiles pour toute ta vie d’homme. Retiens-les bien — elle marquait chacun de ses conseils en touchant le bout d’un de ses doigts:

 

   “N’ouvre jamais ta malle en présence de qui que ce soit. La force d’un homme vient de sa réserve ; il ne faut étaler ni sa misère ni sa fortune. Fortune exhibée appelle jaloux. quémandeurs et voleurs.

 

  “N’envie jamais rien ni personne. Accepte ton sort avec fermeté, sois patient dans l’adversité et mesuré dans le bonheur. Ne te juge pas par rapport à ceux qui sont au- dessus de toi, mais par rapport à ceux qui sont moins favorisés que toi.


   “Ne sois pas avare. Fais l’aumône autant que tu le pourras, mais fais-la aux malheureux plutôt qu’aux petits marabouts ambulants.


   “Rends le plus de services que tu pourras et demandes en le moins possible. Fais-le sans orgueil et ne sois jamais ingrat ni envers Dieu ni envers les hommes.


   “Sois fidèle dans tes amitiés et fais tout pour ne pas blesser tes amis,

 Ne te bats jamais avec un homme plus jeune ou plus faible que toi.


   “Si tu partages un plat avec des amis ou des inconnus, ne prends jamais un gros morceau, ne remplis pas trop ta bouche d’aliments, et surtout ne regarde pas les gens pendant que vous mangez, car rien n’est plus vilain que la mastication. Et ne sois jamais le dernier à te lever ; s’attarder autour d’un plat est le propre des gourmands, et la gourmandise est honteuse.


   “Respecte les personnes âgées. Chaque fois que tu rencontreras un vieillard, aborde-le avec respect et fais-lui un cadeau, si minime soit-il. Demande-lui des conseils et questionne-le avec discrétion.


   “Méfie-toi des flatteurs, des femmes de mauvaise vie, des jeux de hasard et de l’alcool.


   “Respecte tes chefs, mais ne les mets pas à la place de Dieu.


  “Fais régulièrement tes prières. Confie ton sort à Dieu : chaque matin au lever, et remercie le chaque soir avant de te coucher.


   “Tu as bien compris ?


   — Oui, Dadda.

   — Enfin, n’oublie pas, au cours de ton voyage, d’aller saluer nos parents à Diafarabé, Moura, Saredina et Mopti. Et dès que tu arriveras à Bandiagara, réserve ta première visite à Tierno Bokar *. Quand tu le verras, dis-lui ceci : Ma mère, ta petite soeur, me commande de venir me remettre entre les mains de Dieu par ton entremise. Tu as bien tout retenu ?

   Oui Dadda, sois tranquille. Je garderai chacune de tes paroles devant moi toute ma vie,”

 

  En revenant vers la pirogue, nos pieds s’enfonçaient dans le sable fin. Avant que je ne m’embarque, ma mère récita la Fatiha et me bénit :


   “Que la paix de Dieu t’accompagne ! Va en paix, que ton séjour se passe dans la paix, et reviens-nous ensuite avec la paix !“

   Comme je disais : "Amîne ” elle pivota sur elle-même et reprit le chemin de la dune, marchant toute droite, sans se retourner une seule fois. J’avais l’impression qu’elle pleurait, mais sans doute cette femme si fière, que presque personne n’avait jamais vue pleurer et qui était peu habituée aux effusions, surtout avec son grand fils, ne voulait-elle pas que je voie ses larmes.»


 

Perles en vrac 2

                     A ne pas manquer sur le Blog de Ptite Part

       
Perle Bleue Blog                      Le Roi et le Fou

               Conte peul d'Amadou Hampâté Bâ



Perles en vrac 2



Amadou Hampâté 2 Notes

 >> Amadou Hampâté Bâ  est un merveilleux conteur à la mémoire fascinante, un homme d'une grande culture servie par un itinéraire spirituel d'exception. Il siégeait au Conseil exécutif de l'Unesco où il oeuvrait inlassablement au services des cultures orales ; on lui doit cette sentence célèbre : 'En Afrique, quand un viellard meurt, c'est une bibliothèque qui brûle".

  Il a écrit de nombreux ouvrages sur les traditions, les religions et les civilisations africaines, des contes, des récits initiatiques... Une très riche bibliographie dont, pour n'en citer que trois :

  - L'étrange destin de Wangrin  Grand prix littéraire de l'Afrique Noire de l'ADELF en 1974 et Prix littéraire francophone en 1983.

  - Jésus vu par un Musulman    en 1976

  -  Vie et enseignement de Tierno Bokar, le Sage de Bandiagara  Aux Editions du Seuil "Point Sagesse" en 1980.

>> Tierno Bokar (né en 1875 à Ségou, mort en 1939) est un Sage de l’Islam. Il a suivi l’enseignement du grand maître soufi mystique Tidjani  à Bandiagara où sa famille s’installe après la conquête française. Il fonde son école coranique. Amadou Hampâté Bâ  était son disciple.

>> Lignes de perles en vrac : photos de perles achetées sur le marché de Treichville d'Abidjan. Ces perles anciennes servaient de monnaie pour le commerce des esclaves. Elles venaient d'Europe, en particulier de Venise.

>> La carte du Mali figure dans le livre photographié ci- dessus.

>> La belle dame Peule : peinture "la fille du chef" de Fabienne Arietti - Collection publique d'Art ethniaue

>> En pirogue sur le fleuve Niger : photo d'un "séjour-voyage" au Mali.


Perles en vrac

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commentaires

GBR 31/05/2011 13:39


Quel texte magnifique.

Je ne connaisais pas cet auteur ivoirien
Qui écrit encore en France aussi bien.
C'est un plaisir de lire ces lignes pleines de profondeursi bien exprimée
je découvre cet article à parir de "célébrons l'amour maternel" Merci.

Amicalement


L17 06/06/2011 19:44



Ravie que vous appréciez Amadou Hampâté Bâ. C'était un extraordinaire conteur: souvent les écrivains francophones écrivent un  bien meilleur français que  leurs confrères français...


 Amicalement



Renée 12/09/2010 12:22


Merci pour les précisions bon dimanche bises


L17 12/09/2010 15:54



C'est avec plaisir !


 Bon après-midi


Bisous



Renée 11/09/2010 17:39


C'est merveilleux, merci de m'en avoir donné le lien de cet article car, même si j'en ai un peu parler je ne connais absolument pas ces écrits et je le regrette. Si je vais sur Dakar je regarderai
de trouver au moins un livre...Bisous bon week-end


L17 11/09/2010 21:30



J'espère que tu trouveras les livres de Amadou Hampâté Bâ à Dakar, et que leur lecture te séduira et te passionnera autant que moi. Outre les quatre ouvrages cités dans l'article, j'ai lu aussi
"Oui, mon commandant" la suite de "L'enfant peul" (ces deux constituent ses Mémoires) ; "les Contes initiatiques peuls" ; un petit opuscule (139 pages): "Aspects de la civilisation
africaine" paru en 1972 aux Editions Présence Africaine dans lequel il traite, entre autres, de la notion de "personne" dans les traditions peule et bambara.


 Ses Mémoires sont un régal... et quelle écriture  magnifique !


Comme l’a écrit son ami Théodore Monod : « Puissent ceux qui le découvriront... se sentir moralement enrichis et fortifiés par la découverte de celui qui fut à la fois un sage, un
savant et un spirituel... »


 Bonnes lectures, chère Renée.


 Bonne nuit et mille bises.



ennovy/yvonne 23/02/2010 02:50


Une visite enchanteresse vers des pays où les humains ont gardé les bonnes coutumes de leurs ancêtres qu'ils continuent à partager en famille, entre amis, entre tous le hommes. Espérons que cela
perdure et ne soit pas dévoyés ou perdus pour les générations futures...Que ces humains qui sont nos frères aient le droit d'utiliser pour la prospérité de tous leurs richesses, et non pour des
sociétés étrangères avides qui les exploitent en achetant la complicité de chefs d'Etat cupides, les laissant sur le bord du chemin. Ceci afin que leurs jeunes gens ne soient pas obligés d'aller
finir dans les squats de nos pays d'Europe où ils sont traités en esclaves dans des sociétés qui les exploitent avec le plus grand mépris qui soit... Sans les déclarer et leur assurer une existence
honorable.

Le rôle d'une mère n'est-il pas de mettre en garde ses enfants de ne pas succomber aux chimères de ces chefs auto-proclamés qui se mettent "à la place de Dieu" mais se comportent comme le
Diable?

Au Sénégal des "Mères africaines" ont pris en main des exploitations de pêche abandonnées afin d'éviter à leurs enfants des départs incertains qui souvent s'arrêtent par une noyade brutale en
pleine mer. Une initiative modeste mais un grand espoir pour l'avenir.

Un beau travail de documentation de votre part fait avec "AMOUR".

Amitiés. Yvonne.


L17 23/02/2010 10:07


Merci Yvonne.

Vos remarques complètent à merveille ce que j'ai voulu exprimer par le choix de ce beau texte sur l'amour unissant mères et enfants à l'heure des choix.

 L'Afrique a tout pour vivre libre et prospère, si tous les prédateurs de la planète cessaient de piller ses richesses par l'intermédiaire du FMI, de la Banque mondiale et surtout des
dirigeants mis en place par l'Etranger.

Les "Mères africaines" n'ont pas fini d'étonner  les Occidentaux qui q'imaginent détenir le monopole de la civilsation, feignant de croire que tous les gens vivant sous certaines latitudes
sont des paresseux et des parasites !

 Très amicalement à vous - MV.






Thérèse 19/02/2010 22:31


Bonne idée de mettre une carte de la région.
Ces contrées ne me sont pas familières et les découvrir grâce à cet auteur africain et à votre article est un plaisir. Mr Bâ aait de la chance d'avoir une telle maman. j'ai bien envie de lire ce
livre. Merci et bonne nuit.


L17 21/02/2010 16:29


 Merci Thérèse.
 Je vous sohaite beaucoup de plaisir à découvrir Amadou Hampâté Bâ... C'est un merveilleux conteur... dépaysement assuré.

 Amicalement. 


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* Non à la criminalisation du boycott d'Israël !

 

    Pour la défense des Palestiniens,

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a mis en ligne

mardi 18 septembre 2012


Une pétition réclamant l’abrogation

de la circulaire de février 2010

(signée Mme Alliot-Marie)

qui assimile les actions de boycott

des produits israéliens


 « à de la provocation,

 

à la discrimination

 

ou à la haine raciale. »


En application de cette circulaire,

les contrevenants encourent.

  des poursuites judiciaires.

 

 

 

  Pour plus d’informations et pour Signer :

Un Clic sur la vignette AFPS

 

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